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Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 08:57

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La vidéo "Project Glass" a fait le tour du Net en quelques jours, visionnée par 7 millions de personnes. Elle présente une simulation de tout ce que vous pourrez faire en portant des lunettes interactives Google, qui sont, pour l'instant, encore à l'état de projet - mais annoncées pour dans deux ans. Un jeune type les chausse et se promène dans New York. On voit à travers ses yeux. C'est assez stupéfiant. Inquiétant aussi.

 

 

Cette vidéo vise à promouvoir le nouvel enjeu industriel de Google. Des lunettes fonctionnant comme un smartphone à commande vocale, avec reconnaissance visuelle. Intégrées à nos yeux. A nos oreilles. Nous passons de l'outil disponible à la fonction physiologique. Les verres-écrans s'interposent entre notre regard et le réel, avec leurs applications, leurs réseaux, la connexion Internet, sans oublier l'univers marchand, omniprésent dans le film. Nous nous rapprochons de films de science-fiction comme RoboCop, avec des hommes-machines équipés d'"œilborgs" performants.

 

Ce bouleversement de nos sens usuels - vue et ouïe - soulève d'innombrables questions sur notre autonomie. Sur notre relation au monde. Sur l'anthropologie - la définition de l'humain. L'écran pixelisé va-t-il nous isoler un peu plus de l'extérieur et des autres, à la manière des baladeurs et des casques? Sur la vidéo, la miniaturisation des images, la transparence des messages laissent supposer que l'usager traverse New York tout en recevant films et messages.

Il n'empêche, on est frappé par l'irruption incontrôlée et pressante des mails et des appels. On s'attend à recevoir des spams. On espère qu'il n'y aura pas de bug... Et on pense aux pages inquiètes de Jean Baudrillard et Paul Virilio prédisant la dissolution de l'individu dans un flux de pixels - dans la "matrix".

 

Qu'en dit le philosophe des technologies Thierry Hoquet, auteur de Cyborg philosophie (Seuil, 2011), à qui nous avons envoyé le film? "Si, avec ces lunettes, nous amplifions notre perception, nous imposons aussi un filtre. Nous perdons le contact direct avec ce qui est sous nos yeux. Nous devenons des monades, fermées sur nous-mêmes, connectées au dieu Réseau. L'invasion directe de la vie privée me semble alarmante. Nous perdons la liberté de débrancher."

Problèmes de rejet Faut-il regretter cette entrée dans une "réalité augmentée" grâce à l'interposition d'un écran intelligent entre nous et le monde? Elle permet de visualiser, au gré de l'action, quantité de métadonnées associées à l'environnement (géolocalisation des restaurants, des loisirs, des bonnes adresses...), d'identifier des musiques, des monuments et des personnes (reconnaissance de formes ou faciale), d'envoyer des messages aux passants (technologie Bluetooth), de comparer des prix ou encore de consulter des informations-clés pendant une rencontre professionnelle.

 

La "réalité augmentée" enrichit le monde extérieur, démultiplie nos capacités d'intervention et de réflexion. Miniaturiser des technologies et fonctionnalités déjà offertes par les portables, les intégrer à notre ergonomie, libérer nos mains, cela ne les rend-il pas plus faciles d'usage, plus légères, moins "machiniques"? Ne faut-il pas les intégrer tout à fait à notre corps, pour mieux les oublier? L'ingénieur qui planche sur les lunettes Google, Babak Paviz, spécialiste en bionanotechnologie, prévoit déjà l'étape suivante. Il a mis au point une lentille de contact chargée de pixels (visible sur Spectrum.ieee.org. Elle devrait permettre, à moyen terme, d'intégrer les fonctions des lunettes à l'œil même, mais aussi d'aider les malvoyants et de décupler notre vue.

Nous entrerions alors véritablement dans l'ère des cyborgs façon RoboCop ou Iron Man. "Bien sûr, nous sommes déjà assistés par la technologie: il existe des pacemakers, des prothèses, des reins artificiels, souligne Thierry Hoquet. Mais il faut distinguer les outils intelligents, inventés par l'homme, des fonctions organiques. Il peut s'avérer dangereux de vouloir remplacer nos organes - ils forment un écosystème vivant ouvragé par une lente évolution - par des machines. Ces machines posent des problèmes de rejet, elles tombent en panne, deviennent obsolètes. Se posent alors les questions de l'entretien, du coût, des pièces de rechange."

A la greffe technologique et au cyborg, chers aux militants "transhumanistes", Thierry Hoquet préfère, avec le biophysicien et bioéthicien américain Gregory Stock, l'idée de "fyborgs": des humains utilisant des technologies non invasives, respectant notre intégrité anthropologique.

 

Par Skero - Publié dans : Innovations - Communauté : partage
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